
Sur les traces des Jackson 5 : Gary
Qui
n'a jamais eu l'idée de partir en pélerinage en Amérique
sur les traces de son idole... Neverland Valley, le ranch californien de Michael
Jackson, est un point de repère pour des milliers de fans, puisqu'il
y a vécu de nombreuses années, et représente un condensé
de son univers. On sait aujourd'hui que Michael a décidé de
prendre du recul par rapport à cette demeure à cause des mauvais
souvenirs qu'il a vécu, donc pourquoi ne pas partir vers d'autres destinations,
et notamment les lieux-clés de la carrière des Jackson 5 durant
leurs tendres années ?

"Gary, Ville Fantôme"
Goin' Back To Indiana!
"Je rentre dans l'Indiana/ Indiana me revoilà!/Je rentre dans l'Indiana/ C'est de là que je viens"
En 1971, l'Indiana natal des Jackson 5 fait l'objet
d'une chanson, sur le "Third Album". Un hommage à leur région
d'origine qui, selon les paroles, a plus d'importance pour eux que Hollywood
et leur nouvelle vie de stars et de paillettes - depuis 1970, le groupe et
toute la famille Jackson ont effectivement quitté la région
industrielle de Gary, où leur père travaillait en tant que grutier
dans une aciérie, pour rejoindre les nouveaux studios de Motown, et
dans la foulée le climat plus agréable de Los Angeles.
Gary, Indiana
Pour
un itinéraire jacksonnien, Gary constitue évidemment le point
de départ. La ville se situe à environ 40 km au sud-est de Chicago,
dans une zone appelée "Chicagoland", elle borde le Lac Michigan.
Fondée en 1906 par le patron d'aciérie US Steel Corporation,
Elbert H. Gary, elle fut baptisée de son nom. Gary a la plus grande
proportion de population noire de toute l'Amérique, et selon ses habitants,
les blancs et les noirs de classe moyenne se comptent sur les doigts de la
main. La ville fut la première à avoir un maire noir, Richard
G. Hatcher, et elle accueillit, en 1972, le Convention Nationale Politique
des Noirs. Parallèlement, Gary connut un phénomène urbain
appelé "White Flight" (Envol blanc), qui vit la plupart
de ses résidents habiter vers des villes et des bourgs environnants.
L'évolution
de la richesse de la ville de Gary a suivi celle de l'industrie de l'acier
: dans les années 60, elle connut un déclin important, qui entraîna,
outre une diminution de moitié de sa population, une augmentation du
trafic de drogue, de crimes et de licenciements massifs. US Steel est toujours
l'industrie principale, mais d'envergure largement inférieure à
ce qu'elle était. On comprend maintenant pourquoi le père d'une
famille, à cette époque, misa tout sur la musique pour faire
sortir ses enfants de cette misère. Durant les années 1990,
Gary fut la ville la moins sûre des Etats-Unis, avec le plus grand nombre
de crimes par habitants. En 2002, on a comptabilisé plus de 50 meurtres,
à New-York, "seulement" 5! En 2006, elle était au
10ème rang des villes les plus dangereuses. Après ce topo, il
sera très certainement difficile de convaincre quelqu'un d'aller faire
un parcours touristique dans Gary. D'ailleurs, une fois sur place, on ne trouve
aucun point de repère par rapport à l'histoire de la famille
Jackson. Pas de carte touristique indiquant Garnett School, l'école
élémentaire de Michael, ou Roosevelt High School, le collège
où allèrent Rebbie, Jackie et Tito, et où bien entendu,
le groupe remporta son premier concours, ni même le bar de Mr Lucky,
où ils donnèrent leur premier vrai concert, ni encore les studios
d'enregistrements de leur premier 45 tours, Big Boy, sous le label Steeltown.
Rien.
Au
hasard d'un détour vous trouverez peut-être un théâtre
à l'abandon, le Palace Theater. Et en levant votre nez sur ce qu'il
reste d'une pancarte annonçant le spectacle de l'année, vous
reussirez peut-être à lire "Jackson Five Tonite", les
Jackson Five ce soir... Cette affiche date, en fait, de 2002, quand eut lieu
"Miss America", au Parc Expo, à l'extérieur de la
ville, et que personne n'a pris le temps d'enlever. On avait trouvé
bon de montrer que la Broadway Avenue, où se situe le théâtre,
avait une vie trépidante, comme à la grande époque. En
réalité, le théâtre, à ses heures de gloires,
ne diffusaient que des films, et les Jackson 5 ne s'y sont jamais produits.
Voilà donc la seule référence aux Jackson Five dans cette
ville grisâtre de Gary... une fausse affiche dans un théatre
en ruine. Mais, en bon fans que nous sommes, nous avons des éléments
pour retrouver les lieux clés... en premier lieu, nous connaissons
l'adresse exacte de la maison de la famille Jackson. Nul besoin de guide pour
cela...
2300 Jackson Street
"Memories of growing up/and working hard/Our childhood passed
us by …
2300 Jackson Street/Always home/2300 Jackson Street/Always home"
"Mémoires d'avoir grandi et travaillé dur, notre enfance
nous est passée à côté...
2300 Jackson Street, notre maison pour toujours, 2300 Jackson Street, notre
maison pour toujours"
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Pas très loin de la maison des Jackson, se trouve la Roosevelt High School, le collège où allaient étudier Rebbie, Jackie et Tito. Le bâtiment, en brique rouge, est grand et imposant, presque menaçant. Il était coutume d'organiser un spectacle, chaque année, de radio-crochet, destiné à découvrir les nouveaux talents de la ville. Les Jackson Brothers (leur nom à cette époque) remportèrent le premier prix, en 1966, Michael alors âgé de 8 ans! Lors de ce concours, Marlon est au tambourin, Tito à la guitare, Jermaine à la basse, Jackie et Michael au chant. Le batteur original, Milford Hite et le guitariste Reynaud Jones, camarade de classe de Tito, faisaient partie du groupe originel.
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Dans Moonwalk, son autobiographie publiée en 1988, Michael parle de ce concours : "On a gagné le concours de la ville, quand j’avais huit ans, avec notre version d’une chanson des Temptations qui s’appelait " My Girl ". Le spectacle avait lieu tout près de chez nous, à Roosevelt High. Les gens sont restés collés à leur siège en l’entendant. Jermaine jouait de la basse comme un fou, et Tito était magnifique à la guitare, sans parler de nos chorus à cinq voix et de mon duo avec Jermaine, tandis que Marlon et Jackie faisaient tourner la chanson comme des pros. Quand on s’est tous passé le trophée de main en main, c’était du délire. Pendant notre trajet de retour, on l’a posé sur le siège avant de la voiture, comme un bébé. Papa nous complimentait : " Quand vous vous donnez à fond comme vous l’avez fait ce soir, ils ne peuvent pas NE PAS vous donner le prix. "
A cette âge-là, Michael était bien sûr trop jeune pour étudier dans ce collège. En fait Michael n'a connu qu'une école, à Gary, l'école Garnett, qui se situait près de Roosevelt High School. Cette école n'existe plus aujourd'hui. Elle était située au 2131 Jackson Street, à deux patés au Nord de la maison des Jackson. Elle fut fermée dans les années 1980 et rattaché au centre éducatif pour adulte "The Martin Luther King Academy", mais ce dernier connut le même destin, puisqu'il fut fermé en septembre 2001.
La naissance des étoilesA quelques centaines de mètres de la maison des Jackson, au Nord Ouest, à l'angle de la West 11th Avenue et de Grant Street, se trouve un bâtiment en brique rouge lui aussi, et dont les fenêtres sont condamnés, soit par des planches, soit par du papier, soit par un mélange des deux. Un panneau blanc, aux caractères noirs indique "Mr Lucky's Liquor". Sur la porte d'à côté est indiqué "Mr Lucky's Lounge". C'est dans ce bar restaurant que fut donné ce que l'on considère comme les premières représentations du groupe. Le lieu était le rendez-vous de spectacles comiques et de striptease, et quand les Jackson jouaient, l'endroit était plein. Joseph Jackson amenait ses enfants pour les faire chanter, puis passer dans la salle avec son chapeau pour récupérer l'argent. Ces spectacles étaient illégaux, car onservait de l'alcool à des mineurs. Le local est aujourd'hui fermé car il a connu un incendie il y a quelques années, qui a détruit le toit et une partie du deuxième étage. |
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A propos de ce passage au Lucky's, Michael raconte, dans Moonwalk : "En travaillant au Lucky’s, nous avions pour la première fois un contrat pour cinq sets chaque soir, six jours par semaine. Il s’agissait d’un vrai show. Et si papa nous trouvait encore un engagement pour notre journée libre, il ne s’en privait pas. On travaillait dur, mais les clients des bars que nous animions étaient gentils avec nous. Ils aimaient James Brown autant que nous. On était comme un cadeau en plus de leur consommation. On plaisantait et on faisait même des gags avec eux. Je me souviens en particulier quand nous chantions " Skinny legs and all " de Joe Tex, je me faufilais dans le public, je rampais sous les tables et je relevais les jupes des filles pour regarder en dessous. Les gens me lançaient de l’argent, et quand je commençais à danser, je jonglais avec les pièces et les dollars avant de les mettre dans la poche de ma veste."
Le premier enregistrement"Un jour, peu de temps après nos expériences dans les clubs de Chicago, papa rapporta une cassette de chansons que nous n’avions jamais entendues auparavant. On se demandait bien pourquoi il nous faisait écouter ça, car jusqu’ici, il ne nous passait que des chansons connues. C’était la voix d’un type qui ne chantait pas très bien, avec un vague accompagnement de guitare. Papa nous dit que le type en question n’était pas vraiment un chanteur, mais quelqu’un qui écrivait des chansons et qui avait son propre studio d’enregistrement à Gary. Il s’appelait M. Keith et il nous avait donné une semaine pour apprendre ses chansons. Nous pourrions en faire un disque éventuellement. Naturellement, nous étions prêts à enregistrer n’importe quoi pourvu que ce soit un disque."
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Avant de signer ce contrat chez Motown, les Jackson 5 auront encore une année de galère à chanter et jouer dans des clubs de Chicago, et à passer d'autres concours, notamment celui, déterminant, de l'Appollo, à New-York. |
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Depuis cette époque, la promesse "Goin' Back To Indiana" ne fut tenue qu'une paire de fois : la première en janvier 1971, lorsque les Jackson 5 donnèrent un concert à la West Side School, puis lors de la remise des clés de la ville, par le shérif, en juin 2003. Michael en a profité pour retourner au 2300 Jackson Street... always home. ![]() Michael rentre chez lui, 2300 Jackson Street, 2003
Documents sources |
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Le
quartier où vivait la famille Jackson est beaucoup plus sympa
que le centre de Gary. Il s'agit d'une zone pavillonaire, les maisons
sont très petites et carrées, mais sont très bien
entretenues et aucune ne semble déserte. La maison des Jackson
est de ce style, sobre et modeste, à l'angle de West 23rd Avenue
et de Jackson Street. Un arbre et un petit arbuste se trouvent dans
la petite cours devant la maison. Selon des récits de fans, il
est difficile à croire qu'une famille de 11 personnes vivait
dans cette maison de trois pièces. C'est même impossible,
et cela en devient bouleversant lorsque l'on pense que le Roi de la
Pop est parti de là.



