
Olympia, 6 novembre 1972, par Jacques Périn (Soul Bag Magazine n°22 de janvier 1973) Les Jackson Five sont des vedettes considérables aux Etats-Unis. Ainsi à San Francisco, où ils se produisaient cet été, Emmanuel Choisnel ne put entrer : les 30 000 places était louées ! Ce succès, les Jackson Five sont encore loin de le connaître en France et c'est naturel dans la mesure où ils représentent un "produit" essentiellement destiné au marché américain. Nous y reviendrons. Néanmoins l'Olympia était plein ce soir-là, le "beautiful people" - africain et antillais- était au rendez-vous. Le "Jackson Five Show" s'ouvrit sur un groupe anglais de R&B, l'Orange Rainbow dont le style est obtenu par la reprise de succès de Sly & the Family Stone, Isaac Hayes, etc. Avec de piètres chanteurs et d'honnêtes musiciens, le groupe se cassa quand même les dents sur "Shaft". L'arc-en-ciel orange avait aussi pour tâche d'accompagner les Sisters Love qui viennent de signer chez Tamla après avoir enregistré pour Man Child et A&M. Ce groupe composé à l'origine d'ex-Raelets (dont Merry Claytonà comprend aujourd'hui Lillie Ford, Jeannie Long, Gwen Berry et Vermettya Royster. Sur scène, elles font montre d'un métier éprouvé mais encore suffisamment neuf pour laisser place à une certaine improvisation et à l'humour. Chacune des sisters est capable de tenir le rôle de soliste dans un registre particulier : la petite Gwen Berry chante avec la conviction qui l'animait déjà chez Ray Charles; Jeannie Long, longiforme (!) fait montre d'énormes possibilités vocales avec beaucoup de nonchalance; Lillie Ford, narquoise, ne manque pas de tempérament. Quant à Vermettya Royster, qui apparaît comme leader du groupe, elle possède toutes les qualités d'une grande chanteuse : voix superbe et abattage extraordinaire. Visiblement, elle est passée par les chorales gospel et en a gardé la flamme. Toutes ces qualités individuelles font des Sisters Love un groupe de valeur, capable d'arriver aux premières places. Pour cela, il leur faudra un jour trouver un répertoire qui accroche. Elles sombrèrent trop souvent dans de biens banales ballades qui n'avaient même pas l'excuse d'avoir de jolies mélodies. Après s'être installés dans l'obscurité sous les ovations d'un public déjà conquis, les Jackson Five apparurent radieux, tous vêtus d'élégants costumes aux couleurs vives. Tito et sa guitare à gauche, Jermaine et sa basse à droite, encadrant Marlon, Jackie et Michael. Le reste de l'orchestre se composait d'un batteur (Johnny) et d'un pianiste organiste (Randy), des cousins! On a l'esprit de famille ou on ne l'a pas. Le show des J5 comme celui des grandes vedettes de RNB est réglè à la perfection : mise en place parfaite, chorégraphie stupéfiante, jonglage avec les micros, gags étudiés. Nous en avons aujourd'hui une certaine expérience grâce à James Brown ou Ike & Tina. Mais ce qui surprend ici c'est de trouver une telle sûreté, un tel métier chez des garçons aussi jeunes, qui il y a trois ans allaient bien gentiment à l'école. Durant l'heure que durera leur prestation nous assisterons à un grand festival tant musical que visuel. Bien sûr, la vedette est ce phénomène de Michael, véritable bête de scène qui à treize ans possède déjà toutes les ficelles du métier et chante avec un bel enthousiasme les succès que sont devenus : ABC, I'll Be There, Goin' Back To Indiana, Lookin' Through The Windows, Rockin' Robin. Jermaine, le bassiste, se révèlera un excellent chanteur à la voix mûre et très soul. Les autres frères ont un rôle moins brillant mais cependant primordial, car les J5 sont avant tout un groupe : les choeurs ont une grande importance, ainsi que le jeu de scène réglé comme un véritable ballet. Musicalement, les Jackson 5 n'apportent rien de bien nouveau. Ce ne sont pas les quelques exception à la règle (Lookin' Through The Windows) ou les artifices de la guitare wah-wah qui doivent nous abuser : leur musique se rattache à celle des groupes vocaux des années 50 (doo whap doo whap) comme des 5 Satins, Platters, Charms, Robins etc. Et ce n'est pas faire injure aux protégés de Diana Ross que de le dire. Au contraire. Signalons que le groupe s'est adjoint un nouveau membre en la petite personne de Randy Jackson, 9 ans, qui tape avec une belle conviction sur ses bongos. Jackson Six alors! Il faut s'arrêter un instant sur le "phénomène Jackson Five". Comment ce groupe familial a-t-il pu en deux ou trois ans acquérir une telle popularité? Le talent n'explique pas tout. Je pense beaucoup plus qu'il répond à une sorte de besoin du public américain. Si on avait demandé à un ordinateur, après une sérieuse étude de marché, ce que désirait ce public, il aurait sans doute répondu : un groupe sympathique, voire attendrissant (enfants ou adolescents), pas contestataire pour deux sous, spectaculaire si possible. Ne restait plus, le groupe trouvé, qu'à le parrainer par une vedette établie et le propulser à grands renforts de publicité. La chance voulut que les élus fussent bourrés de talent, sinon nous aurions très bien pu avoir une version noire des Monkees... Jacques Périn Un grand merci à Nicolas Teurnier de nous avoir
fourni les scans de cet article!
L'album souvenir
![]() A l'aéroport d'Orly, au pied de leur jet privé Michael joue les touristes (la dame est loin de se douter à côté de qui elle se trouve) ![]() Sur l'Esplanade du Champ de Mars, juste avant leur concert ![]() Michael noue sa cravate pour son premier concert en France Sur scène, chacun des frères se donne au maximum devant les passionnés de soul présent ce 6 novembre 1972 Michael devant le public français. Unique concert en tant que "Jackson 5" |
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